Des avancées

IntroDes individus seuls ou en groupe sont partout à l’origine d’initiatives heureuses, d’actions qui portent fruit, d’avancées vers des changements significatifs. Ils contribuent à modifier les rapports que les parents entretiennent avec l’école ou encore plus radicalement à amener plus de justice et d’égalité pour les enfants. Sont relatées dans cette section des expériences qui illustrent des améliorations que notre société gagnerait à voir se généraliser.

 

Nous cherchons à faire connaître les initiatives dignes d’intérêt dans les écoles montréalaises et dans les communautés qui les entourent. Aidez-nous à garder à jour cette section en nous informant de leur existence. Pour nous informer, cliquez ici.

Parents en action pour l’éducation en entrevue, automne 2006

Trois mères de famille, Abir Abdala, Ruth Altminc et Salwa Sadek, accompagnées de l’organisatrice communautaire Nadine Mondestin, témoignent dans un reportage audio du chemin sur lequel elles se sont engagées avec Parents en action pour l’éducation. À travers leur implication, ces femmes ont pu prendre la parole et partager leur réalité avec d’autres parents; elles ont pris conscience que les difficultés qu’elles ont rencontrées à l’école de leurs enfants étaient partagées par une multitude d’autres familles. Chargées d’espoir, elles comptent prendre encore plus d’assurance et apprendre en groupe comment changer les choses à l’école ou même dans la société en général.


Écouter le documentaire (en anglais seulement)

Réalisation : Julie Geffard
Durée : 13 min. 28 sec.

Parole aux parents, 2000

Huit mères ont pris la parole pour témoigner des obstacles qu’elles ont rencontrés à l’école et des actions qu’elles ont entreprises pour les surmonter ou les contrer.

Allison Gerro

S’impliquer au sein de Parents en action pour l’éducation est très important car cela permet aux parents de mieux savoir ce qui se passe dans l’école de leurs enfants. Il est aussi très important d’encourager les enfants à rester à l’école.

Je participe depuis deux ans et j’en ai retiré beaucoup! Ensemble, nous avons parlé des frais scolaires, de la violence à l’école, du conseil d’établissement et de comment nous pouvons aider les parents qui ne peuvent pas se permettre de payer les frais scolaires.

Nous organisons aussi plusieurs réunions pendant lesquelles je prends toujours beaucoup de plaisir à accueillir les parents, les mettre à l’aise et en confiance. Je garde aussi le contact avec les organisatrices de Parents en action pour l’éducation. C’est une façon pour moi de toujours savoir ce qui se passe.

En tant que parent, j’ai remarqué que le directeur est toujours assis derrière son bureau et j’ai l’impression qu’il n’écoute pas ce que les parents ont à dire. C’est pourquoi nous devons convaincre de plus en plus de parents de l’importance de leur implication au sein des écoles de leurs enfants, ainsi nous formerons un groupe plus fort.


Anne-Marie Mitchell

J’ai connu Parents en action pour l’éducation en voyant des affiches dans mon immeuble. Lors de leurs réunions, j’ai réalisé que j’ignorais beaucoup de choses sur le fonctionnement de l’école. Par exemple, beaucoup de parents anglophones dont les enfants vont à l’école en français se plaignent de ne pouvoir communiquer avec les professeurs. Nous avons suggéré à ces parents de s’arranger avec des parents francophones pour que ceux-ci deviennent les tuteurs des enfants anglophones.

J’ai aussi réalisé que beaucoup de professeurs craignent de parler avec les parents dont les enfants ont des problèmes en classe. Par exemple, une professeure m’a dit qu’elle s’était opposée à donner un livre de mathématiques à des parents qui voulaient travailler à la maison avec leur enfant. Bien sûr, il ne s’agissait pas de critiquer la volonté des parents d’aider leur enfant, mais elle savait que le livre était trop compliqué pour être expliqué par des parents. Elle savait que cette démarche mettrait leur enfant dans la confusion et demanda aux parents d’avoir confiance en son expérience de quinze ans dans l’enseignement. En vain, les parents ont continué d’exiger le livre en question. Ce genre de choses arrive aussi lorsque les professeurs suggèrent à des parents que leur enfant reprenne une année. Souvent, les parents ne comprennent pas que c’est pour le bien de leur enfant, surtout lorsqu’il s’agit d’admettre qu’il n’est pas prêt socialement.

En tant que parent, je dis souvent : « Vous êtes le professeur et vous connaissez l’enseignement beaucoup mieux que moi. Je ne peux donc pas vous dire comment enseigner et vous n’avez pas à me dicter ce que je dois faire avec mes enfants une fois à la maison. » C’est important pour les parents et les professeurs de faire tous deux des efforts! Une fois qu’on a construit de bonnes relations avec les professeurs, il devient plus facile de parler avec eux, de recueillir de l’information et d’aborder certains points comme par exemple le besoin de plus d’ordinateurs, de cours de musique ou encore de cours supplémentaires de français pour les enfants anglophones afin qu’ils puissent atteindre le même niveau que les élèves qui parlent français à la maison.


Frances Waithe

La plupart de mes préoccupations liées à l’école de mes enfants reposent sur la façon dont l’école se conduit envers eux. Étant donné que les professeurs passent au moins le même temps que moi avec mes enfants, il me paraît bien normal d’attendre de l’école qu’elle les respecte et leur offre une certaine qualité d’enseignement. Par exemple, je trouve injuste que des professeurs les intimident ou les ignorent. J’ai aussi réalisé que l’on ne leur enseignait pas leur propre histoire, l’histoire des Noirs, ou en tous cas pas au même niveau que l’histoire d’autres cultures. À partir de ces préoccupations, j’ai offert mes services à l’école pour contribuer à y changer ce qui, à mon sens, présentait des lacunes.

En m’investissant dans Parents en action pour l’éducation, j’ai eu la chance de partager mes expériences avec d’autres parents, d’entendre les leurs et de rechercher avec eux des solutions. Parents en action permet aux parents de réaliser qu’ils ne sont pas seuls. J’ai aussi pu rassembler beaucoup d’informations au travers des initiatives dirigées par l’équipe de coordination de Cartierville. En assistant au Programme de leadership en éducation et en discutant avec des gens qui avaient fait un travail similaire, j’ai pu acquérir de nouvelles compétences qui m’aideront à aborder certains problèmes. Il s’agit maintenant de les appliquer dans un contexte d’action!

Je suis très heureuse de constater que mon investissement a eu un effet positif sur mes enfants. Ça les a aidés à cerner l’importance de l’école. Ils sont devenus plus confiants à exprimer ce qu’ils pensent réellement. D’autre part, ça les incite à bien se conduire car j’aurais l’air stupide de prendre leur défense s’ils se comportaient mal en classe. Mes enfants réalisent qu’il existe des façons d’amener des changements, dans le respect de certaines règles.


Perpétue Muramutse

À partir de 1976, dans mon pays d’origine, en association avec d’autres parents, j’étais membre fondatrice d’écoles maternelles, primaires et secondaires. Ceci dans le but d’améliorer la qualité de l’enseignement donné dans les écoles surpeuplées. En tant que parent, je prenais très à cœur mon rôle d’implication directe dans l’éducation de mes enfants. Ce fut tout un changement de mentalité puisque c’était la naissance des premières associations de parents pour l’éducation. À ce jour, j’ai été membre de comités de parents dans trois écoles.

En tant qu’organisatrice pour Parents en action pour l’éducation, je voudrais partager mon expérience avec des parents qui se sentent impuissants dans l’éducation de leurs enfants et les soutenir dans leur implication, dans le cheminement de leurs enfants.

Je crois profondément que les parents sont les personnes sur lesquelles repose l’équilibre physique et moral des enfants et cette considération est à mon avis universelle. Les parents immigrants au Québec rencontrent beaucoup de barrières pour continuer à jouer leur rôle de parents, que ce soit à cause de la langue, de la culture ou du simple fait qu’aucune instance au sein du système scolaire n’est prévue pour leur permettre de s’exprimer et d’être écoutés.

Je voudrais collaborer à trouver des façons pour que les parents s’expriment et soient entendus, contribuer à leur donner un appui et des habiletés nécessaires leur permettant de garder leur dignité d’être parent.


Roxana Mispireta

Au départ, je travaillais pour un organisme d’aide aux devoirs. Spontanément, j’ai très vite proposé de rencontrer les parents des enfants dont je m’occupais par le biais d’animations pendant lesquelles on abordait des thèmes précis comme, par exemple, comment mieux aider les enfants dans leurs devoirs. C’était intéressant mais je constatais que beaucoup de parents font porter la responsabilité de ce qui se passe à l’école uniquement sur les professeurs et le directeur. D’autres n’ont pas le temps ou ne parlent pas français. Il n’y a pas non plus de solidarité entre les parents issus de communautés différentes. C’était vraiment difficile de susciter de l’action!

C’est à ce moment-là que, par l’entremise de Parents en action pour l’éducation, j’ai pris part aux formations d’été du Programme de leadership en éducation. Ces formations répondaient à mon désir d’être outillée pour aider ou encourager les parents à ne pas rester à l’écart. Je me sens maintenant davantage motivée pour réunir les parents, susciter leur participation dans les conseils d’établissement et exiger de l’école qu’elle informe mieux les parents de leurs droits.

Depuis peu, j’ai intégré le conseil d’établissement de l’école de mon enfant et j’avoue que c’est difficile. Il faut comprendre les mécanismes particuliers du conseil et il y a aussi beaucoup d’informations à assimiler. D’autre part, les termes utilisés sont compliqués et difficiles à comprendre. Les parents se découragent car on leur dit qu’ils ne sont pas capables de comprendre le fonctionnement de l’école, qu’ils n’ont pas à se mêler des affaires des professionnels de l’éducation et qu’ils n’ont pas le temps. Je pense que l’école a peur de perdre le contrôle et, pour se défendre, elle choisit de nous rabaisser. Résultat : les parents se taisent par peur d’être humiliés!


Salene

Mon expérience avec l’école de ma fille a été désastreuse! Principalement à cause d’un problème de langue. Étant donné que ma fille est obligée de suivre l’école en français, je devrais être à même de l’aider dans ses devoirs en français. Malheureusement, mon niveau dans cette langue est trop faible et comme je travaille, je n’ai pas le temps de l’améliorer. Ceci ne serait pas un gros problème si l’école était prête à aider mais ça n’est pas du tout le cas : chaque fois que je vais aux réunions de parents, les professeurs et la directrice refusent de parler en anglais avec moi et avec les autres parents anglophones. Ils disent que c’est illégal pour eux de parler en anglais! Par conséquent, nous ne pouvons même pas obtenir de l’information sur le programme scolaire. Nous restons là, impuissants! J’ai plusieurs fois essayé de souligner l’injustice qu’ils nous imposaient mais leur attitude n’a pas changé. Lors d’une réunion, j’étais tellement furieuse que je suis partie avant la fin!

Je ne suis pas contre le fait que ma fille fréquente l’école en français, mais je veux savoir ce qu’il s’y passe. Je n’ai jamais pu exprimer mes inquiétudes et je ne reçois aucune information en anglais. À cause de cette situation très injuste, je ne suis pas active au sein de l’école de ma fille alors que je souhaiterais vraiment l’être!

Maintenant au moins, j’ose parler! Avant, j’avais l’habitude de garder le silence car j’avais très peur des conséquences de mes actes sur ma fille. J’avais peur que les professeurs soient désagréables avec elle. Je restais à la maison, ruminant mes pensées. C’est seulement quand j’ai connu Parents en action pour l’éducation que je suis devenue plus confiante et capable de chercher des solutions. Ça m’a réellement aidée! J’ai aussi reçu beaucoup d’informations sur le système scolaire, les commissions scolaires et l’organisme de participation des parents et ce, au travers des formations du Programme de leadership en éducation, lors de réunions, et aussi par le biais d’une visite en autobus qui expliquait l’histoire de l’éducation à Montréal. J’ai réalisé qu’il y avait beaucoup de choses que j’ignorais!


Susan Jeremiah

J’ai toujours été très active au sein de l’école de mes enfants et de divers organismes communautaires. Bien que mes enfants soient maintenant grands, je continue mon action car j’estime que la communauté les a beaucoup aidés quand ils étaient plus jeunes. C’est une façon de rendre la pareille! Avec Parents en action pour l’éducation, nous avons mis en place un mouvement de protestation contre la fermeture de la bibliothèque d’une école primaire. Cette action était très importante car il nous semblait incroyable de vouloir fermer des bibliothèques alors que beaucoup d’enfants connaissent des difficultés pour lire et écrire. Grâce aux informations que nous avons fait circuler auprès d’un large réseau, composé surtout de parents, la bibliothèque n’a pas fermé.

Un autre sujet abordé avec Parents en action pour l’éducation a été la politique du degré zéro de tolérance qui autorise l’école à renvoyer tout enfant ou adolescent pris en faute dans une bagarre ou en possession d’une arme. Nous avons réalisé que beaucoup de jeunes présentent des difficultés face à l’école mais aussi en société. Ils ont, par exemple, de plus en plus de mal à gérer le stress. Nous avons découvert que les écoles développent maintenant des programmes de gestion de la colère pour des enfants à l’école primaire. Qui aurait cru cela nécessaire il y a seulement quelques années?

Tous ces sujets nous motivent à diffuser l’information que nous avons auprès d’autres parents et à les renseigner sur toutes les ressources disponibles au sein de leur propre communauté.


Wendy Bonair-Cyrus

Mes relations avec l’école de mes enfants sont très bonnes. J’ai toujours été très active et je me sens donc très à l’aise. Étant donné que je travaille de nuit, j’ai décidé de me rendre à l’école assez régulièrement pour être au courant de ce qui s’y passe avec mes enfants mais aussi avec ceux de mes amis et voisins. Ceci arrange beaucoup de parents qui travaillent de jour et ont donc moins de liberté d’action. Nous avons créé cette sorte de réseau de parents très spontanément. Au total, huit familles s’entraident. Je suis là pour elles et elles sont là pour moi!

J’ai connu Parents en action pour l’éducation dès sa création il y a deux ans. J’ai assisté à plusieurs réunions et aussi à différents ateliers du Programme de leadership en éducation. Lors des réunions, j’ai réalisé que je pouvais apporter un soutien à d’autres parents en partant de ma propre vision et de mes idées.

Par exemple, j’ai suggéré à des parents de participer aux activités proposées par l’école telles que les réunions parents-professeurs et les assemblées de parents. J’ai aussi conseillé d’écrire leurs questions ou remarques dans l’agenda de leurs enfants dans le cas où ils ne peuvent pas assister aux rencontres avec les professeurs. L’agenda étant, selon moi, un bon moyen de garder le contact entre l’école et les parents. À partir de ma propre expérience, je pourrais aussi aider d’autres parents à créer un réseau. Lors des réunions, j’ai aussi réalisé que j’étais très chanceuse car l’école de mes enfants encourage toute implication de la part des parents.

Au Programme de leadership, j’ai reçu beaucoup d’informations : comment utiliser certains outils et où les trouver. Souvent aussi, les formations ont confirmé que j’étais sur le bon chemin et ont renforcé ma façon de faire. Je pense que Parents en action pour l’éducation a réussi à rassembler beaucoup d’informations utiles, de ressources et de gens. Je crois maintenant qu’il est important d’utiliser tout ce que nous avons appris!

Témoignages recueillis par Muriel Jadin

Récits de dignité d’enfants des écoles publiques de Montréal (à venir - hiver 2008)

Lilyane Rachédi, professeure à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal, ira à la rencontre d’enfants pour recueillir leur expérience à l’école et connaître les efforts qu’ils mènent pour y affirmer leur dignité. Ces récits mettront en valeur les droits fondamentaux des jeunes en matière d’éducation.